NCCR-Synapsy

The Synaptic Bases of Mental Diseases

Un mauvais câblage au cœur du cerveau mène à la psychose

La psychose est liée à des anomalies du développement cérébral. Une équipe du pôle de recherche Synapsy démontre que les régions du cerveau impliquées dans le traitement de la mémoire, de l’imagination et des émotions sont mal connectées dès l’enfance chez les personnes psychotiques.

 

La psychose se caractérise par des pertes de contact avec la réalité, des délires soudains et des pensées absurdes. Elle peut être le symptôme de maladies mentales graves comme la schizophrénie et apparaît à la fin de l’adolescence. Environ 3 % de la population est confrontée au moins une fois à un épisode psychotique. Les neuroscientifiques considèrent qu’elle est due à de subtiles anomalies du développement neurologique pendant l’enfance et l’adolescence. Ainsi, la découverte des structures cérébrales et des mécanismes neurobiologiques liés aux premiers stades des troubles psychotiques suscite un intérêt considérable, car elle pourrait mener à l’établissement de nouveaux traitements.

Publication originale

Biological Psychiatry

 

Contacts

Stéphan Eliez
Professeur Ordinaire

Département de Médecine Génétique du Développement
Faculté de Médecine, UNIGE +41 22 388 67 41
Stephan.Eliez@unige.ch

Farnaz Delavari
Doctorante

Laboratoire d’imagerie et de psychopathologie du développement
Faculté de Médecine, UNIGE farnaz.delavari@unige.ch

La génétique comme circonstance opportune

L’équipe de recherche de Stéphan Eliez, Professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Genève (UNIGE) et membre du pôle de recherche suisse sur les maladies mentales, Synapsy, s’intéresse particulièrement aux personnes souffrant du Syndrome de délétion 22q11 (22q11DS). Il s’agit d’une anomalie génétique congénitale pour laquelle une partie du chromosome 22 est manquante. Les personnes avec cette délétion ont un risque de 30 à 40 % de développer des symptômes psychotiques. «Ce pourcentage élevé nous permet d’étudier les bases neurodéveloppementales de la psychose pendant l’enfance, avec plus de chance qu’une fois adolescente, la personne développe des symptômes psychotiques», indique Farnaz Delavari, doctorante et clinicienne à l’UNIGE et première auteure de l’étude. En effet, seule une personne sans délétion sur cent développe une psychose. De plus, il existe des souris de laboratoire portant cette même délétion génétique, facilitant le travail des chercheur-euses avant de transférer et d’appliquer leurs découvertes aux neurosciences humaines.

Dans une étude publiée dans la revue Biological Psychiatry, l’équipe de Stephan Eliez, en collaboration avec un laboratoire de l’EPFL spécialisé en imagerie cérébrale, a suivi une cohorte de patients 22q11DS de l’âge de 6 ans jusqu’à l’âge de 35 ans. Les patients se sont soumis à un examen d’imagerie cérébrale par IRM fonctionnelle tous les 3 ans. «Cela nous a permis d’observer les différentes trajectoires individuelles, tant au niveau des fonctions cérébrales et de la structure du cerveau que du devenir psychotique», indique la chercheuse.

 

Mauvaises connexions profondes et précoces

Les chercheur-euses de Synapsy se sont en particulier concentrés sur le développement de l’hippocampe —une structure profonde traitant les informations en provenance des autres parties du cerveau et jouant un joue un rôle central dans la mémoire et la navigation spatiale—. Des altérations structurelles et fonctionnelles de l’hippocampe sont bien connues chez des patients souffrant de psychose, mais aussi chez les souris 22q11DS. Ces dernières auraient des problèmes de synchronisation de l’hippocampe avec le cortex préfrontal pendant l’adolescence, une région cérébrale où siègent différentes fonctions cognitives dites supérieures comme le raisonnement, la mémoire de travail, le langage et les fonctions exécutives. «Nous avons développé une nouvelle approche méthodologique afin de pouvoir détecter la maturation de la connectivité de l’hippocampe associée à l’émergence de symptômes psychotiques.», poursuit la chercheuse.

L’étude révèle que l’hippocampe des individus affectés par la délétion 22q11 ne parvient pas à développer une forme mature de connectivité avec le cortex préfrontal. De plus, leur hippocampe reste immature, soit hyperconnecté, comme chez les enfants, aux fibres neuronales dopaminergiques. Ces voies dopaminergiques ont de nombreuses fonctions telles que l’apprentissage, la récompense ou encore la motivation, et sont connues pour être impliquées dans de nombreuses maladies mentales, dont la schizophrénie.

 

Une fenêtre pour intervenir

«Nos observations suggèrent que le cortex ne contrôle pas suffisamment l’hippocampe pendant le développement. Il s’en suit une hyperactivité neuronale dans l’hippocampe, menant à son atrophie», indique Stephan Eliez. Selon le chercheur, ce défaut de développement du cerveau jouerait un rôle crucial dans la psychose par le biais d’un traitement anormal de la mémoire, de l’imagination et des émotions au niveau de l’hippocampe. «La connectivité de l’hippocampe pourrait représenter une cible pour de nouvelles stratégies d’intervention précoce, avant l’adolescence, visant à prévenir l’apparition de la psychose, ceci d’autant que l’on connaît déjà des médicaments qui peuvent préserver le développement de l’hippocampe», conclut-il.

Chez les jeunes adultes porteurs de la délétion 22q11 (à gauche) , la connectivité de l’hippocampe n’est pas aussi mature que chez les personnes sans délétion (à droite). ©UNIGE/Eliez

Publication originale

Biological Psychiatry

 

Contacts

Stéphan Eliez
Professeur Ordinaire

Département de Médecine Génétique du Développement
Faculté de Médecine, UNIGE +41 22 388 67 41
Stephan.Eliez@unige.ch

Farnaz Delavari
Doctorante

Laboratoire d’imagerie et de psychopathologie du développement
Faculté de Médecine, UNIGE farnaz.delavari@unige.ch

Want to share this news ?